Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 21:07

Je viens de terminer "On chantait rouge" de Charles Tillon.

J'ai adoré ce livre. Il a bien rempli mes insomnies...

Il s'agit d'une autobiographie de Charles Tillon (je ne vous la fais pas, elle est là notamment: https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Tillon). Au delà du récit de sa vie, de ses luttes, j'ai vraiment apprécié son Humilité devant l'Histoire, avec un grand H à chaque mot, alors qu'il a été un acteur essentiel de nombreux évènements du 20ème siècle pour la France. Luttes des sardinières du Finistère sud, organisations de nombreuses autres victoires syndicales dans l'entre deux guerres avec la CGTU, député communiste et maire d'Aubervilliers, soutien aux républicains espagnols, résistance avec l'organisation des FTP et du CMN, co-direction du PC clandestin pendant l'occupation, participation au gouvernement provisoire puis aux premiers gouvernements de la 4ème République, avec la réorganisation des productions d'armement et de transport.

Cette humilité, qui transpire dans chaque page, est assez bluffante. Il décrit ses actes comme s'il était parfaitement normal d'avoir un tel engagement. Comme si rien de ce qu'il avait fait n'était héroïque. Par exemple, quand il décrit sa tentative d'intervention dans la nasse d'Alicante cernée par les franquistes, pour essayer de sauver d'une mort certaine 20000 républicains espagnols, c'est incroyable de simplicité et d'évidence: il lui fallait agir ainsi, naturellement, pour eux, pour nous, pour lui. Pour sa dignité d'homme. C'était son devoir de député français.

Ou alors quand il décrit son action d'organisation des FTP. C'est comme s'il n'y avait pas vraiment eu de danger vital pour lui ou ses proches. Bien sûr, il parle des précautions prises, et des amis qui ont été déportés ou fusillés. Mais on a l'impression qu'il n'y avait rien d'autre à faire que de résister, d'organiser, de lutter.

Et puis, ce qui est impressionnant, c'est aussi son humilité et son honnêteté intellectuelle devant les crimes soviétiques de Staline, et devant les errements des dirigeants communistes français. Il décrit très bien ses doutes (rappelons qu'avant que Krouchtchev ne balance tout, personne ne savait vraiment. Et même après, les faits étaient niés par beaucoup...), mais aussi le fait qu'il a continué à soutenir une organisation dont des dirigeants étaient défaillants jusqu'à assez tard. Il ne fait pas semblant d'avoir tout vu tout de suite, ni d'avoir été meilleur que d'autres. Il indique très clairement qu'il a lui aussi souvent préféré se taire "dans l'intérêt supérieur de la classe ouvrière", pour "l'avènement du bolchevisme" ou pour "le socialisme réel". Même après son procès interne en 1952, il reste silencieux et ne dénonce pas publiquement ce qu'il sait et ce qu'il a compris. Il reste fidèle au parti communiste, même en restant dans l'ombre. Il faudra attendre les années 70 pour qu'il sorte de son silence et qu'il se libère de ce poids insupportable.

Dans tout son récit, et surtout à partir de 1938, on perçoit parfaitement ses difficultés à être fidèle à ses convictions personnelles et en même temps fidèle à une organisation défaillante. Le communisme et le socialisme sont ses convictions personnelles, mais il voit bien que le parti qui porte ce nom ne colle pas bien à ses convictions. Le voilà donc tiraillé, en permanence, essayant de voir clair et d'agir le plus fidèlement possible à chaque instant. Il suit un cap, un guide imaginaire, qui l'aide à tout instant. Il ne le dit pas, mais on le sent à chaque paragraphe. Ceci a fait écho à mes quelques expériences personnelles, qui n'ont évidemment aucune commune mesure avec les siennes. Régulièrement, je ne sais pas quel chemin prendre. Pour de grandes décisions comme pour des petites. Il "suffit" de suivre le cap, le guide: il s'agit de ses valeurs et de ses convictions. Il faut agir en cohérence, au mieux, pour rester fidèle à soi-même. Le reste ne compte pas.

Charles Tillon est un type comme on n'en fait plus. Il n'a pas cherché les honneurs ni les premières places. Mais il a agit mieux que ceux qui ont eu ces honneurs et ces premières places.

Le prochain bouquin risque de paraitre bien fade...

PS: merci à la communauté Emmaus de Rennes qui a permis à ma petite femme (que je remercie beaucoup aussi!) de me trouver ce trésor.

Partager cet article

Repost 0
Published by Dany - dans politique
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Dany
  • : Mes états d'âme, mes réactions par rapport à l'actualité, etc.
  • Contact

Recherche