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19 octobre 2017 4 19 /10 /octobre /2017 21:45

Hier le 18 octobre, nous avons fêté l’anniversaire du mouvement de salariés qui a abouti à la mise à l’écart de la direction de mon école quelques semaines plus tard.

C’est l’occasion de faire une petite rétrospective… un bilan… et d’en tirer des leçons.

Après cette mise à l’écart par le conseil d’administration, une période de reconstruction a eu lieu. C’était passionnant et enthousiasmant : une direction collégiale, sous forme de comité de direction. Plus de directeur/trice. C’était la révolution ! Un groupe de travail sur la gouvernance. Une parole libérée. Des idées d’amélioration. Bref, tout était beau…

Puis, quelques semaines plus tard, des difficultés. Le groupe de travail sur la gouvernance n’a rien proposé sur la gouvernance. Le comité de direction n’avait pas de mission claire, ni de délégation de pouvoir, ni de reconnaissance officielle dans les statuts de l’école (qui est une association). Des salariés ont trouvé que « ça ne changeait pas ». Des discussions de couloir ont miné le moral de certains. Des tensions sont apparues.

Alors nous avons parlé, expliqué, dialogué. Cela allait un peu mieux. Nous avons cherché comment font les entreprises « libérées », ce qui est enthousiasmant, mais nous avons aussi vu leurs limites et les conditions de réalisation… compliquées. Nous avons aussi eu du mal à absorber la charge de travail, car tout cela s’est fait en plus de notre travail « normal », qui ne peut pas s’interrompre, puisque les élèves sont là ! Les tensions, qui s’étaient apaisées, sont réapparues. Elles ont parfois changé de forme ou de personnes… Elles ont révélé des choses… Je ne peux pas tout dire ici, mais j’en ai pris pour mon grade ! Il faut dire qu’en l’absence de directeur/trice sur qui se défouler, un directeur des études est une cible en vue !!

L’été est arrivé, alors nous avons soufflé un peu… pas trop, car il fallait assurer le recrutement de candidats même pendant la fermeture de l’école. Puis la rentrée est arrivée, et nous sommes repartis le nez dans le guidon. Au fil de nos travaux, de nos urgences, de nos débats, nous nous connaissons mieux. Tant mieux… mais c’est révélateur aussi…

Aujourd’hui, un an après, il faut bien dire où on en est…

Tout d’abord, malheureusement, de nombreuses personnes souhaitent avoir un/e directeur/trice. Pour certains, le besoin d’une « autorité » a toujours été présent, depuis le début, mais n’était pas exprimé. Pour d’autres, il s’agit de contradictions terribles. C’est une découverte pour moi, et une désillusion. Il y a gens qui réclament de la concertation, qui râlent si on ne leur demande pas leur avis, mais qui en fait ne veulent pas prendre de décision ni l’assumer. Ils demandent que quelqu’un prenne la décision. Et ensuite, si cela arrive, que font-ils ? Ils râlent ! Parce qu’évidemment, c’est une mauvaise décision, si on les avait écoutés, blablabla… Ayant vécu plusieurs fois cette situation étrange, je suis moins dérouté maintenant, mais je suis vraiment déçu. La nature humaine est bizarre…

Ensuite, je constate que le nombre de personnes ayant un problème de reconnaissance, d’égo, voire un problème psychologique (probablement, je ne suis pas médecin), est assez élevé ! S’y ajoute la jalousie, qui est sans doute le truc le plus répandu des organisations humaines. Avec ce cocktail, vous avez des pertes de temps incroyables en discussions de couloir, des idées reçues, des abcès non crevés, des coups bas qui paraissent incompréhensibles si-on-ne-le-sait-pas. Ajoutez encore un soupçon de « si-tu-ne-bosses-pas-comme-moi-tu-n’es-pas-à-la-hauteur », de « j’ai-toujours-raison », et de « il-faut-que-ça-change-mais-pas-moi », et vous avez les pires difficultés à tenir en vie une direction collégiale et une équipe soudée. Je savais depuis longtemps que des gens comme cela existaient, mais en un an j’ai découvert que leur nombre est très élevé… à un niveau qui peut faire peur !

Du coup, tout le monde attend un/e directeur/trice. Mais en réalité, nous ne manquons pas d’une personne providentielle. Nous manquons de maturité et de responsabilité. C’est cela le plus terrible. En réalité, ce n’est pas que dans ma petite école. C’est à tout niveau de la société. Dans une entreprise, dans une commune, pour la république entière. On ne veut pas assumer une démocratie réelle, on veut élire un chef qui a les pleins pouvoirs. Dès qu’on l’a élu, on peut et on veut le critiquer à fond, mais sans le démettre ! Si on le démet, il faudrait assumer ensuite !

Alors pour cet anniversaire étrange, j’ai un sentiment vraiment mitigé. Je suis content qu’on ait changé de mode de management, qu’on ait eu des temps d’échange constructif, qu’on ait fait évoluer la boutique. Mais je suis déçu qu’on n’ait pas réussi à aller au bout de la démarche, et qu’on en soit à réclamer un/e directeur/trice. Surtout que c’est pour une mauvaise raison, qui vient du plus profond de chacun d’entre nous.

Et puis avec cela, ce sont mes illusions démocratiques qui tombent. L’humain ne me parait pas encore prêt pour la démocratie réelle…

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Published by Dany - dans travail
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