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7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 22:01

A part en cette période de crise, le monde se développe, s'enrichit, chaque année d'avantage. Cela est plutôt réjouissant... sauf qu’apparemment tout le monde n'en profite pas de la même façon, les inégalités sont criantes... Cet enrichissement qui s'accroit, il est mesuré par la somme des PIB de tous les pays du monde. Et cette somme est en augmentation, laquelle augmentation s'appelle la croissance. Quand on parle de croissance (ou quand on l'entend au JT), parfois on oublie de quoi il s'agit: il s'agit de la croissance des richesses monétaires.
Et dans notre beau pays (pays développé, pays avancé, paraît-il), il y a également croissance. Elle est un peu faible en ce moment, et on a même un risque de ne pas en avoir en 2009. Mais nous sommes globalement riches (en euros) par rapport au reste du monde. Nous sommes également riches au sens du niveau de vie: nous mangeons à peu près tous à notre faim (à peu près, car il reste trop de gens qui souffrent...), nous avons un logement (même remarque...), nous avons accès à un système de santé efficace, nous avons des moyens de locomotion individuels et/ou en commun, nous avons l'eau courante potable, l'électricité, la télévision, le téléphone, internet, etc etc. Et nous « croissons » monétairement toujours. C'est à dire que nous continuons à augmenter nos richesses, nous continuons à travailler mieux pour avoir plus de choses, plus de services, etc. Tout cela est permis par ce qu'on appelle les gains de productivité: chaque année, chaque mois, chaque semaine, nous trouvons des moyens de produire plus et mieux en moins de temps. Ainsi arrivons-nous à produire chaque année un peu plus que l'année d'avant, avec la même quantité de travail.
Ce que je trouve étrange, c'est qu'il paraît évident à tout le monde qu'il faut un PIB toujours plus élevé. Et donc qu'il faut continuer à travailler autant (voire plus), pour produire plus de choses, pour gagner plus d'argent, donc pour posséder plus. Personne ne s'imagine qu'on pourrait décider (individuellement ou collectivement) que le niveau de vie est suffisant, qu'il n'est pas la peine d'avoir plus de chaines télé, plus de gadgets dans la voiture, plus de voyages polluants, etc, et que donc on pourrait réduire le temps de travail chaque année en ayant toujours le même niveau de vie. Voire même on pourrait choisir de réduire ce niveau de vie (renoncer à la deuxième voiture, au téléphone portable, aux restaurants mensuels, aux vacances lointaines, etc), pour réduire drastiquement son temps de travail, et ainsi profiter pleinement de son temps libre. La croissance est devenue une vraie dictature intellectuelle. Elle nous met de telles oeillères qu'on n'imagine même pas qu'on pourrait s'en passer. Et en ces temps de crise économique qui se transforme en crise sociale, cette dictature intellectuelle est patente! Personne n'imagine d'autre solution que celle de retrouver la sacro-sainte croissance...
Alors bien sûr, certains secteurs de l'économie devraient continuer à croître, selon moi: la santé, la recherche scientifique et médicale, tout ce qui contribue à réduire nos consommations d'énergie (matériaux isolants), etc etc. D'autres devraient décroître: toutes les activités polluantes, les voyages lointains, l'aéronautique, etc. D'autres méritent réflexion: la téléphonie mobile, la télévision, certains loisirs, etc. En tous cas, on devrait débattre publiquement de ces aspects. Pourquoi ne peut-on pas le faire? Parce qu'au nom de la liberté d'entreprendre et au nom de la croissance illimitée, il ne faut pas intervenir dans « l'économie marchande » et sa « libre concurrence ». Personnellement cette réponse ne me satisfait pas du tout!
Et puis si on pouvait faire ces choix collectifs, il se posera un problème concomitant: celui de l’organisation toute entière de l’économie. Car si on choisit de décroître dans un secteur, il y aura des gens au chômage, qu’il faudra reclasser dans les autres secteurs. Si on ne change rien à notre système, il ne seront reclassés que si au total il y a croissance. Si on choisit qu’au total il n’y a pas de croissance, alors il faut réduire le temps de travail de tous, et répartir les salaires mieux qu’aujourd’hui… c’est la seule solution.
D’autre part, même quand individuellement on voudrait faire ce choix de réduire le temps de travail, on se trouve piégé. Car aujourd’hui la majorité des travailleurs à temps plein gagne moins de 1500€ nets pas mois, ce qui est trop juste pour faire vivre sa famille. Et donc on se trouve « obligé » de contribuer à cette croissance qu’on ne souhaite pas, y compris quand on travaille dans un secteur économique qui contribue au «superflu » ou à la pollution, ou au gaspillage des ressources naturelles. Seuls les gens « aisés » peuvent se permettre de réduire leur temps de travail, et encore cette modalité nécessite-t-elle l’accord de l’employeur. Et je ne parle pas des aspects de concurrence et de dumping social, qui sont les premiers effets de la mondialisation croissante (elle aussi), et qui servent d’alibi pour ne pas augmenter les salaires ni réduire le temps de travail.
L’organisation économique et son impératif de croissance sont très bien ficelés, ils ont réussi à piéger leurs serviteurs, qu’ils soient volontaires ou involontaires. Et ce « ils » n’est pas personnifiable, c’est une façon de faire qui s’est installée au fil de l’Histoire, avec des à-coups, avec des coups d’arrêt et des reprises, mais qui reste une lame de fond qui s’impose à nous, individus cherchant à vivre mieux, à s’émanciper du travail, individus qui nous plaçons dans l’héritage de mai 68…
Marche ou crève...

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Published by Dany - dans décroissance
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