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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 17:20
Je vous rapporte ici une réponse que j'ai faite à un camarade, après un débat intéressant sur "l'origine de nos décrochages salariaux et de nos reculs sociaux": sont-ils dûs à notre faiblesse collective (manque de lutte) ou au libéralisme économique (concurrence internationale, mondialisation)?

Tous ces débats sont intéressants, mais pas tellement pour « l'origine » du problème. En effet, est-ce que c'est plutôt le libéralisme économique ou plutôt la faible résistance des salariés qui permettent aux patrons de nous laminer? Je n'en sais rien. Je ne peux que constater par moi-même que les deux phénomènes sont présents, en prenant des exemples:
- tu as vécu tout comme moi le licenciement de Jean-Marie, et, tout comme moi également, tu entends parler par les camarades syndiqués de licenciements individuels abusifs dans d'autres entreprises. Tout cela n'est dû qu'à notre faiblesse collective! Clairement, si tout le monde stoppait le boulot et faisait le siège du bureau du patron à chaque annonce de ce type, on n'en verrait plus...
- en 2007 je me suis fortement opposé à des horaires de boulot incroyables sur mon projet (au début de mon mandat de RS). Un chefaillon m'a carrément sorti cette petite phrase dans un bureau sans témoin: « je suis d'accord avec toi Dany pour les 48h/semaine, mais tu sais il y a la Chine... »
Tout ça pour dire qu'à mes yeux, il faut surtout qu'on voit comment faire pour améliorer notre sort, et je pense que puisque les deux phénomènes sont présents, il faut lutter sur les deux plans!
Pour le plan de la lutte collective, clairement, plus que jamais, nous devons convaincre les gens de jouer collectif et de lutter. Pour moi la discussion et le débat sont les bases de notre travail syndical, pour convaincre. Si seulement on avait plus de temps et de moyens !
Du côté du libéralisme et de la concurrence internationale: avant de développer, je voudrais réaffirmer un principe clair et fort: je considère que toute personne dans le monde a le droit à l'emploi, afin de pouvoir vivre de son travail. Et je me sens solidaire de tous les travailleurs du monde qui luttent pour garder leur emploi et pour améliorer leur sort, tant en salaire qu'en conditions de travail. Je suis internationaliste, et je refuse tout nationalisme. Y compris le nationalisme économique. Fort de ces principes, je me sens mal à l'aise avec certaines formes de protectionnisme, qui ont tendance à glisser sur la pente nationaliste. Pour autant, ce n'est pas parce que je rejette ce protectionnisme que je suis un libéral au sens économique du terme. Je pense (j'espère) qu'on peut être anti-libéral tout en étant anti-protectionnisme. Ne tombons pas dans un piège manichéen grossier: si tu es contre quelque chose, tu n'es pas obligé d'être pour ce qu'on te présente comme le contraire...
Bref, l'idée de droits de douane me gêne, car elle conduit trop souvent à refuser le droit à l'emploi d'autres travailleurs. Nous autres syndicalistes, devons prendre garde de ne pas tomber dans le piège de la concurrence internationale: nos ennemis ne sont pas les travailleurs des autres pays, mais bien les exploitants capitalistes! (n'ayons pas peur des mots, il sont toujours d'actualité!). Pour empêcher que les travailleurs soient en concurrence, il ne faut pas faire en sorte de priver de boulot certains travailleurs. Je pense plutôt qu'il faut frapper au portefeuille ceux qui exploitent: on pourrait imaginer de taxer (tous) ceux qui ne respectent certains principes fondamentaux, comme par exemple donner un salaire « qui permet de faire vivre une famille normalement », ou respecter le droit syndical, ou éliminer toute forme de discrimination, ou encore respecter un temps de travail maximal, etc etc. Cela devrait plutôt s'appliquer entreprise par entreprise et non pas par « nationalité ». (NB: quel est le niveau de salaire minimum ? quid des écarts de niveau de vie ? notre façon de vivre à l’occidentale doit-elle être une référence universelle ? est-ce que le smic français permet de faire vivre une famille? nos entreprises européennes sont-elle des modèles en matière d'égalité hommes-femmes? Etc etc ...)
- Ce serait sans doute compliqué à instaurer, cela nécessiterait un large accord international, et beaucoup de contrôles. Mais bon, on n'a bien instauré l'impôt sur le revenu, avec moults contrôles fiscaux, ou encore la sécurité sociale, avec une urssaf qui ne se laisse pas faire. Rien n'est impossible s'il y a de la volonté politique.
- La taxe serait sans doute répercutée sur les prix, mais cela restaurerait une certaine « équité » à travers les prix de vente des biens et des services, sans aucun relent nationaliste. Après tout il existe de mauvais patrons français qui doivent être sanctionnés, alors qu'il y a peut-être de bons patrons chinois qui ne méritent pas de droits de douane confiscatoires.
- Il n'y a aucune raison d'accepter du thé chinois ou du café éthiopien si les conditions de travail sont indignes. Ce n'est pas parce que cela ne concurrence aucun salarié européen qu'on doit fermer les yeux...
Il faudrait aussi y ajouter une taxe environnementale (on déborde du champs syndical, mais un syndicaliste est aussi un citoyen. Question pour un autre débat: peut-on dissocier les aspects « syndicaux » des aspects « citoyens »?), car même avec une telle taxe « sociale », il serait sacrément idiot d'importer du bœuf brésilien ou des tomates espagnoles alors qu'on en fait facilement en France. Non pas qu'il faille empêcher le salarié agricole brésilien ou espagnol de travailler, c'est plutôt qu'il est débile et polluant de bruler du carburant pour ça... De même c’est incroyable de faire des tomates ou des fraises bourrés de pesticides en hiver, quel que soit l’endroit de la planète où on le fait. Donc, sur la même idée que la taxe sociale, on pourrait instaurer une taxe environnementale pour en quelque sorte intégrer dans les prix les coûts environnementaux, ou carrément pour dissuader les capitalistes de faire de telles aberrations.
Avec ces deux taxes, on lutterait contre les dumpings sociaux et environnementaux, sans tomber dans les travers nationalistes, et en frappant aussi ceux qui chez nous, entrent dans le cercle vicieux du nivellement pas le bas… Et tout ceci va dans le sens d’une relocalisation des productions, au sens de localisation géographique et non pas nationale.

Mais tout ça, c'est du compromis! Je n'oublie pas qu'on débat de mesures palliatives, pour limiter les dégâts d'un système qui pourrit tout: le capitalisme libéral. Si on était capable de s'organiser en mode coopératif et non concurrentiel, au niveau mondial, cela changerait tout... on n'aurait pas besoin d'imaginer des choses de ce genre, au risque d'avoir des dérives nationalistes, ou au risque de se tromper d'ennemi. D'ailleurs, quand cela existera, les frontières tomberont sans doute car elles seront inutiles... et on pourra adopter une constitution mondiale avec comme préambule: « l'Humanité est une et indivisible »... tu vas me dire « tu rêves Dany, réveille-toi! ». Ben oui je rêve, mais c'est ça qui me fait tenir! Si on n'est pas un peu utopique, c'est foutu!

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