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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 21:32

                                                                       Syndicat CFDT de la Métallurgie 35 

                                                                       10 Bd du Portugal

                                                                       35000 Rennes

 

Piré-sur-Seiche le 7 décembre 2011

 

Objet : demande de radiation

 

            Cher(e)s camarades,

 

            C’est avec une certaine émotion que je vous adresse ce courrier, dont vous avez déjà lu l’objet. Evidemment, eu égard à nos relations amicales, je ne peux pas vous rédiger un courrier laconique sans explication… et je tiens à vous expliquer …

 

            Tout d’abord, il faut avoir en tête que j’ai adhéré à la CFDT en 2005, un peu par défaut. Je n’étais pas d’accord avec certaines orientations, notamment les retraites, les tabous sur la dénonciation des méfaits du capitalisme, et la différence que je fais entre « faire un compromis » et « changer son idéal ». En effet j’ai toujours trouvé dommage d’avoir à ce point renoncé au changement de société élaboré par nos aînés de la CFDT dans les années 70… On peut tout à fait faire un compromis parce qu’on n’a pas le rapport de force pour obtenir ce que l’on veut, sur le moment. Pour autant, ça ne change pas l’idéal qu’on a, ça ne change pas le but qu’on se donne. Si par contre on renonce à ce que l’on souhaite au plus profond de nous même, pour trouver formidables certaines petites avancées troquées contre de grands renoncements, ce n’est plus pareil… Mais, malgré ces divergences, j’ai considéré que la CFDT était la mieux à même de résister aux employeurs indélicats que je côtoyais en SSII, à l’époque.

 

            Ensuite, lors de mon embauche dans le groupe Thomson en 2006, j’ai rencontré une équipe CFDT formidable, et je me suis aperçu que je n’étais pas seul à ne pas être d’accord sur tout avec « la conf », et que ça n’empêchait pas de s’organiser efficacement dans l’entreprise. J’ai alors bien compris que le plus important n’est pas l’étiquette, mais les gens. Et j’ai été très heureux –et très fier- d’être un acteur quotidien de la section CFDT.

 

            Puis, j’ai rencontré les animateurs du syndicat des métaux 35, et encore une fois j’ai rencontré des gens formidables, militants infatigables, dont j’admire le courage et la dévotion pour toutes les luttes quotidiennes. Eux aussi ont parfois quelques désaccords avec la conf (mais ils s’en arrangent peut-être plus facilement que moi !). J’ai aussi été très heureux d’être membre du bureau, et je regrette de ne pas avoir eu le temps de contribuer mieux à la vie du syndicat (la faute à toutes nos misères vécues dans le groupe Thomson en 2008-2009-2010 !).

 

            J’ai alors vécu quelques désillusions supplémentaires, dont notamment les préparations des congrès fédéraux de 2008 et confédéraux de 2010. J’avais passé du temps à rédiger des amendements, à les discuter, à les faire voter démocratiquement au niveau du syndicat. Dans les deux cas, ils se sont –tous- fait retoquer avant le congrès, éliminés avant d’en débattre. Je dois bien dire que le D de CFDT en a pris en coup dans mon estime…

 

            J’ai aussi très peu apprécié quelques évènements, comme l’intervention du secrétaire générale de la FGMM en session d’inter CFDT Thomson, quand il a dit qu’on devait évoluer sur le forfait en jours (toujours le même débat sur le compromis versus le changement d’idéal…). Et aussi lors de « l’évolution » de notre système de retraite avec les discussions de 2008 menées par Jean-Louis Malys (je me souviens bien de mon échange de mails avec lui…). Et encore, la longue négation des abus de rupture conventionnelle par le secrétaire général adjoint de la conf… j’en voyais chaque semaine dans mon entourage, mais Marcel Grignard se fâchait quand on osait en parler… Enfin, tous les « recadrages » par quelqu’un de l’UD ou de l’UMMB qui venait dans nos réunions de bureau pour éviter qu’on développe des débats ou des propositions alternatives à la sainte parole confédérale…

           

            Malgré tout cela, malgré mes envies fréquentes d’aller voir ailleurs, je suis resté. D’abord, parce que le plus important ça a toujours été la résistance dans l’entreprise, dans le groupe. Et la CFDT était notre meilleure arme pour cela, grâce au collectif soudé que nous avons formé (et que les copains forment toujours !). Ensuite, parce que je considérais que les copains du syndicat des métaux 35 valaient le coup de payer sa cotiz, et qu’ils avaient besoin de ce soutien. Enfin, parce que je ne voyais pas bien où aller si je claquais la porte ! Il y a bien une étiquette qui me séduisait, mais je ne me voyais pas me séparer des mes camarades de terrain, quoi qu’il arrive.

 

            Alors aujourd’hui… pourquoi ce courrier aujourd’hui ? Parce que ma situation a changé. J’ai quitté « la boite » pour me reconvertir. Je change d’orientation professionnelle, et je créerai mon entreprise (mon propre emploi pour le dire modestement) après la formation que je suis actuellement. Par ailleurs, je vais connaître dès ce mois-ci une baisse de revenus (congé de reclassement oblige), et je suis aussi en train de « serrer les boulons ». ça peut paraître radin de dire cela, mais la vie concrète nous rattrape chaque fin de mois… Enfin, ces dernières semaines deux lectures ont porté le coup fatal à mon aventure CFDT. La première est la retranscription d’une interview de François Chérèque, qui indiquait qu’il ne fallait pas parler des retraites dans la campagne présidentielle. Evidemment, vous qui me connaissez vous savez que pour moi, les retraites c’est un sujet symbole, qui va avec le sujet du temps de travail et celui du partage des richesses, et qui est précisément le reflet d’une vision de la société que nous voulons bâtir. Le refus de revenir sur un sujet aussi central est un problème majeur, pour ne pas dire critique… D’ailleurs, avec qui a-t-il décidé qu’on n’en parlerait pas ? le D de CFDT, encore… La deuxième est la lecture de VM (la Voix de la Métallurgie), accolé à CFDT magazine. Un article sur le temps de travail indique que « les cadres apprécient le forfait jour », et prépare nos esprits retors à une adoration de cette forme d’exploitation des gens, en leur faisant croire qu’ils sont plus heureux en travaillant « sans compter » comme des fous. Là, c’en est trop. L’heure est venue de séparer nos routes. J’ai failli écrire « l’heure est venue de reprendre ma liberté » mais comme je ne l’ai jamais cédée, ma liberté !!!

 

            Ainsi donc, mes chers amis du syndicat, mes chers amis de Thomson Vidéo Networks et du groupe Technicolor, je demande à être radié du syndicat, et à ne plus payer aucune cotisation à la CFDT. J’espère que vous comprenez que ça ne change rien à l’estime que je porte à tous les militants de terrain que vous êtes.

 

            Avec mes plus amicales, solidaires, et syndicales salutations, et une drôle d’émotion… je termine sur une citation de George B Shawn, qu’un foutu grand syndicaliste m’avait citée il y a quelques années à propos d’une autre radiation : « ne renoncez jamais à obtenir ce que vous aimez, sinon vous serez forcés d’aimer ce que vous obtenez ».


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Published by Dany - dans travail
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