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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 09:39

Je partage cet article de Danièle Linhart, sociologue, directrice de recherches au CNRS et auteure de Travailler sans les autres?, Seuil, 2009, qui se trouve dans Alternatives Economiques n° 297 - décembre 201, ainsi qu'ici: http://www.alternatives-economiques.fr/malaise-au-travail_fr_art_978_51912.html

Le voici:

On ne peut pas expliquer l'importance des mobilisations contre la réforme des retraites, et le soutien constant dont elles ont bénéficié dans l'opinion publique, sans y voir, au-delà du strict problème de la retraite en tant que telle, l'expression d'un profond désespoir face au travail et aux dégâts qu'y cause le management à la française.

Il y a bien sûr le refus de voir remettre en cause, sans véritable négociation, des acquis considérés comme légitimes. Mais les slogans hurlés dans les manifestations montrent que le malaise est beaucoup plus profond: "Mourir au travail? Plutôt crever!". Et surtout le terrible "Métro, boulot, caveau", qui s'est substitué au traditionnel et bon enfant "Métro, boulot, dodo"…

Les manifestants et ceux qui les soutiennent ont livré ainsi leur vérité, c'est-à-dire leur sentiment de vivre un corps à corps solitaire avec leur travail, dont ils ne sont pas sûrs de sortir vainqueurs tant il leur paraît destructeur. Ils se sentent mis en danger par ce management moderne qui maintient une pression constante dans la logique du toujours plus. Il leur faut atteindre des objectifs souvent irréalistes, inventés par des encadrants toujours mobiles et pressés qui ne connaissent pas (ou ne veulent pas en tenir compte) les difficultés réelles rencontrées sur le terrain. Il leur faut subir des évaluations de leur travail, réalisées souvent à la va-vite et de façon arbitraire, qu'ils vivent comme un déni des efforts qu'ils ont fournis. Ils redoutent d'être contraints de mal faire leur travail, de se voir en situation d'incompétence, d'être acculés à commettre une faute professionnelle.

Car pour asseoir son autorité sur ses salariés et les obliger à faire l'usage d'eux-mêmes le plus efficace - de son point de vue -, le management à la française a choisi de pratiquer la déstabilisation systématique: restructurations, réorganisations incessantes, externalisations, déménagements sont devenus des modalités de gestion habituelles. Briser les repères, bousculer les habitudes, c'est éviter que ne se reforment les collectifs avec leurs pouvoirs de contestation; c'est maintenir les salariés dans un état d'insécurité qui est censé les inciter à travailler en permanence au maximum de leurs possibilités, et à chercher sans cesse à se dépasser, à ne compter que sur eux-mêmes. C'est ainsi, pensent les directions et les hiérarchies, que les salariés deviendront plus adaptables aux situations fluctuantes du travail. Une telle insécurité (entretenue bien sûr par un fort taux de chômage) est la modalité organisationnelle choisie par le management, et cela tout particulièrement en France, pour compenser un taylorisme désormais moins efficace. Alors que le travail est devenu plus complexe et plus exigeant, que l'environnement est plus incertain, les salariés se sentent désarmés par ce mode de management obsédé par le rapport de force.

 

Je partage complètement cette analyse! Je la vis au quotidien, je l'ai toujours vécu depuis le début de ma "carrière" - j'entends déjà certains dire "c'est quoi une carrière?" !!! - il y a 12 ans. Dans toutes les entreprises où je suis passé c'est comme cela. Des objectifs inatteignables de manière à toujours nous prendre en faute, une pression sur les délais pour nous maintenir à fond en permanence, des menaces de licenciements permanentes ("attention si vous ne tenez pas les délais l'entreprise sera en péril et vos emplois trinqueront"), avec de temps en temps l'exécution de la menace pour que celle-ci reste efficace. Au point même qu'on prend bien soin de licencier dans toutes les catégories de personnel, même quand on aurait pu trouver des solutions de reclassement à chacun. Ainsi la pression individuelle est toujours suffisamment forte. Et quand on veut, individuellement, échapper à cela, on ne trouve rien sur le "marché" du travail car la concurrence exacerbée pousse tous les employeurs et managers à faire pareil. Celui qui serait un peu plus cool que les autres est de toute façon éliminé à cause des coûts et/ou des délais supérieurs aux autres.

Ainsi va le monde merveilleux du capitalisme débridé et de la concurrence libre, avec des managers vidés de toute conscience humaniste, qui sont prêts à broyer leurs congénères pour s'enrichir. 

Mais... pourquoi ne pourrait-on pas imaginer autre chose que le capitalisme et la logique concurrentielle? ... à suivre...

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Published by Dany - dans travail
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