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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 17:25

J’ai pris conscience de quelques trucs quand j’ai eu mon premier enfant. Le besoin de passer du temps avec lui et mon épouse, et l’ampleur des tâches ménagères, m’ont fait renoncer à une partie de mon salaire pour passer à temps partiel. Fort heureusement pour nous, nos salaires nous le permettaient sans sacrifice. Et nous avons poussé la réflexion jusqu’à ne plus vouloir sacrifier notre temps pour des salaires, fussent-ils importants. Nous considérons que, au-delà d’un certain seuil, le gain financier ne vaut plus le temps manqué auprès de nos proches, ou pour s’acquitter des tâches ménagères, du bricolage, du jardinage, etc. Aujourd’hui avec deux enfants, nous avons expérimenté plusieurs situations, plus ou moins volontairement : un qui travaille à temps plein, l’autre pas du tout ; les deux qui travaillent à 80% ; un à temps plein, l’autre à 80% ; et enfin un qui travaille à 80%, l’autre pas du tout. (ici quand je dis travailler, je parle de travail salarié, pour que tout le monde comprenne. Mais cela ne reflète pas ma pensée réelle : à la maison il y a beaucoup de travail !).

Nous n’avons même pas voulu tester le travail à temps plein tous les deux, car cela aurait été invivable !  Pour nous, (et pour beaucoup de gens à mon avis, de ce que je vois), il est quasi impossible de s’occuper correctement d’enfants et d’une maison en travaillant à deux à temps plein… soit la maison est en bazar le vendredi soir, et il faut un samedi entier de ménage pour rétablir un minimum de survie, soit on tape dans son temps de sommeil en semaine pour survivre proprement, soit on sacrifie les enfants qui sont en garderie pendant de longues, très longues journées, et/ou qui se couchent trop tard, soit on a plein d’argent et on paye quelqu’un pour le ménage, les enfants, etc, mais on n’élève pas soi-même ses enfants…

Bref, cette situation est à mes yeux inacceptable. Et c’est le principal grief que j’ai envers notre organisation économique et sociale : il est très difficile de vivre « normalement » -pour moi la normalité c’est de s’occuper de ses enfants et de s’acquitter des tâches ménagères, et d’avoir encore un peu de temps pour les loisirs- tout en gagnant correctement sa vie. Aujourd’hui, deux SMIC ne permettent pas cela. Pour commencer à avoir le choix, il faut pouvoir dégager entre 2,5 et 3 SMIC (pour 2 adultes et 2 enfants). Soit l’un gagne tout cela et l’autre peut arrêter de travailler, soit les deux passent à temps partiel, soit l’un est à temps plein et l’autre à temps partiel, etc. Bref, il faut bien gagner sa vie pour avoir le choix… la majorité des gens n’ont pas de choix.

Cela mène à considérer les choses de cette manière : soit les salaires ne sont pas assez élevés, soit le temps de travail est trop important. Ou les deux…

Et pourtant, il y aurait moyen d’arriver à une situation où les gens auraient ce choix : car  si on divise le temps total de travail en France, par le nombre d’actifs (incluant les chômeurs, donc), on arrive entre 28 et 32 heures de travail par semaine, selon les sources des chiffres. Une réduction massive du temps de travail à 32h par semaine annulerait le chômage, et donnerait du temps à tous pour vivre normalement ou presque… mais bon, j’ai l’impression que cette idée n’est plus à la mode, même à gauche… (quand je dis à gauche, c’est vite dit… bref !). On pourrait aussi imaginer qu’on abandonne certains secteurs industriels inutiles et polluants, et qu’on réduise encore la quantité de travail (sans toucher aux besoins vitaux). Ceci nous emmène sur le chemin de la décroissance, mais pourquoi pas ? Là je vais me sentir vraiment seul… non ?

Ou alors, on pourrait répartir le PIB un peu plus équitablement : si on divise le PIB par le nombre de Français (je compte même les enfants), on arrive à plus de 30 000 euros par tête. Sans réclamer une stricte égalité des salaires pour tous (encore que, pourquoi pas ?), je pense qu’on pourrait réclamer une plus juste répartition, et en tout cas augmenter franchement le SMIC, en diminuant tout aussi franchement les rémunérations folles de certains… Mais cela nous mène vers des voies très à gauche, et cela n’est pas non plus à la mode, dans notre France si « droitière »…

Ça donnerait du choix aux gens, et permettrait de vivre. Vivre et non pas survivre…

 

Mais dans une économie capitaliste et concurrentielle, ce n’est pas possible. Ce n’est même pas la faute de chacun des patrons séparément, c’est la logique globale qui domine le monde : il faut bosser le plus possible, avec des salaires les plus bas possibles. Celui qui fait ça remporte les marchés. Les autres déclinent. S’ils ont une avancée technique, ils peuvent maintenir un écart, mais tôt ou tard cette avancée est rattrapée. Et tant pis pour le travailleur lambda, qui doit accepter soit de travailler plus, soit de gagner moins, soit d’être au chômage. On est vraiment collectivement « cons », car on est capable de produire à manger pour tous, on a la technologie et les ressources pour avoir tous un logement, des habits, et un peu de chauffage si besoin, et on n’y arrive pas ! Certains ont tout, beaucoup n’ont pas le minimum…

 

Mais même dans ce monde qui pousse à accepter de bosser plus en nous faisant miroiter du « pouvoir d’achat », on peut quand même essayer de voir les choses autrement, et bien regarder de combien on a vraiment besoin chaque mois. A-t-on besoin de partir une deuxième ou une troisième fois dans l’année en vacances ? A-t-on besoin de changer –encore - de téléphone portable ? A-t-on besoin d’acheter un nouveau T-shirt ? A-t-on besoin d’un téléviseur encore plus grand que le précédent (qui fonctionne toujours…) ? Je me dis bien des fois, que certains devraient revoir leurs priorités : ils auraient moins de soucis pour finir leurs mois… et du coup, ils pourraient aussi améliorer certaines choses comme par exemple manger plus sainement, peut-être même bio (le budget nourriture est souvent le premier sacrifié, alors qu’il devrait être le budget prioritaire à mon sens…). Et surtout, ils pourraient envisager de vivre au lieu de survivre…

Quand on revoit ses besoins, et surtout quand on évite de confondre besoins et désirs, on s’aperçoit qu’on n’a pas forcément besoin de gagner plus. Certains pourraient même gagner moins, sans sacrifier l’essentiel. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit (écrit) : je ne suis pas en train de dire qu’on peut baisser les salaires, et surtout pas le SMIC. Je dis juste qu’avant de vouloir gagner plus, on pourrait essayer d’avoir besoin de moins. Et je ne dis pas non plus que c’est facile : par exemple, il n’est pas simple de passer à temps partiel, parce que « c’est mal vu » ou parce que le patron ne veut pas s’embêter à gérer cela… (ça c’est vraiment une mauvaise raison, mais elle est si fréquente !). N’empêche que la question mérite un examen, une réflexion

 

Pour revenir à mon petit cas personnel, la difficulté à « vivre normalement » avec nos métiers nous a fait changer de voie professionnelle (entre autres raisons… mais ce n’est pas le propos). L’analyse des besoins, la suppression du superflu ont été faits il y a bien longtemps, et se poursuivent chaque jour… mais en cette période de rentrée scolaire, ma petite entreprise doit prouver sa capacité à me délivrer un salaire correct d’ici à janvier, tout en me laissant un peu de temps pour « vivre ». C’est le défi… et l’anxiété… Si je n’y arrive pas, ce sera un bel échec, et il faudra que je cherche un emploi salarié, qui sera sans doute « à temps plein » et « mal payé », avec toute la difficulté évoquée plus haut… si j'en trouve un... sinon ce sera ... la merde!

 

Il y a des moments comme ça, ou je me dis que vraiment on est dans un monde de merde, si mal organisé… J’ai la rage de voir que nos dirigeants ne cherchent que « la croissance » alors qu’elle est la source de nos maux, et qu’on devrait apprendre à s’adapter sans croissance (puisque de toute façon elle n'est pas là...). J’ai la rage de voir que dans les médias il n’y a absolument aucun débat sur des choix de société tels que celui que j’évoque ici (compromis temps/argent ; juste salaire ; vivre et non consommer ; etc.). A une époque, il y avait débat entre capitalisme et communisme. Le communisme et ses errements ont été défaits, mais on pourrait avoir le droit de vouloir autre chose que le capitalisme, non ? Aujourd’hui je sais que je ne suis pas tout à fait seul à vouloir autre chose, mais enfin sommes-nous si peu nombreux à avoir ce genre de réflexions ?

 

J’ai la rage de tout cela, et j’ai peur de ne pas pouvoir m’extirper de ce marasme…

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Published by Dany
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