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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 09:29

Dans moins de 2 semaines, nous irons voter pour le premier tour de l’élection présidentielle. Cela fait environ 6 mois que la campagne électorale se déroule, plus ou moins intensément. Et pour le moment, je crois que nous avons raté deux aspects essentiels : l’environnement, et la décroissance économique forcée qui arrive…

 

Tout d’abord, nous avons à peine entendu parler de notre environnement. Tout au plus avons-nous eu quelques discussions sur la filière nucléaire, et cela s’est arrêté net lorsque le PS et EELV ont conclu un « accord » post-électoral.

Pourtant, l’environnement, c’est un sujet majeur, parce qu’il conditionne tout le reste. 

  • On pourrait parler de l’eau, qui nous pose deux problèmes majeurs : 1- elle manque déjà en ce printemps, et aucune mesure forte n’est prise pour l’économiser. 2- sa qualité laisse largement à désirer, à cause des pollutions variées. L’eau, c’est juste un élément indispensable à notre vie… bah, un détail ! Que fera-t-on d’une belle croissance économique quand il faudra choisir qui parmi nous sera privé d’eau potable ? Ou quand on aura des guerres pour l’accès à l’eau ?
  • On pourrait parler du réchauffement climatique -le manque de pluie est peut-être bien lié à ce réchauffement, d’ailleurs-, qui menace des millions de gens dans le monde, directement ou indirectement. Que fera-t-on de notre pseudo croissance économique quand il y aura des mouvements colossaux de population ? Ou quand il y aura des famines gigantesques ? Ou quand il y aura des incendies monstres dans les quelques forêts qui nous restent ?
  • On pourrait parler aussi de l’épuisement des ressources naturelles, et surtout de notre impréparation à y faire face : par exemple, a-t-on des solutions pour remplacer le pétrole et le gaz ? Toujours pas. On a bien des pistes pour produire de l’électricité, mais le total des pistes ne permettra pas avant longtemps de remplacer les énergies fossiles. Ceux qui brandissent le nucléaire comme solutions ne parlent pas de la gestion des déchets, et oublient surtout de dire que les réserves d’uranium exploitable sont dérisoires (100 ans à tout casser, et encore si on ne construit pas trop de centrales nucléaires !). Au sujet des transports, pour le coup, c’est encore pire ! Aucune solution pour remplacer le pétrole… Les chantres de la voiture électrique oublient qu’il faut produire de l’électricité (voir plus haut !), et qu’il faut des batteries. Ces batteries sont polluantes, mais surtout ont besoin de lithium pour être fabriquées. Et les réserves mondiales de lithium ne suffiraient pas à fournir assez de voitures aux seuls Français. Alors pour la planète entière, n’évoquons même pas ce sujet comme une solution potentielle… Quant à ceux qui évoquent les « biocarburants » -qui n’ont rien de bio, je préfère dire « agrocarburants »-, ils oublient la concurrence entre alimentation et carburants pour l’usage des terres agricoles. C’est tout de même un peu gênant de priver des gens de nourriture pour pouvoir aller en week-end à la plage, ou pour se faire livrer une console de jeux par transporteur…
  • On pourrait parler aussi de la qualité de l’air, de la qualité des aliments, des maladies liées aux pollutions diverses, etc…

Tous ces sujets, et de nombreux autres, considérés comme importants il y a 5 ans, ont été au centre des deux « Grenelle de l’Environnement », lesquels ont été bien vite détricotés pour cause de « priorités budgétaires » ou plus vraisemblablement pour ne pas froisser un électorat égoïste de droite.

 

Aujourd’hui, dans la campagne électorale, ces sujets comptent peu car ils sont considérés comme secondaires par rapport à « la crise économique » et à ses conséquences sociales. Je ne veux pas minimiser ces sujets, bien au contraire. Car selon moi, la crise économique est intimement lié aux ressources naturelles, et ne sera pas résolue tant qu’on n’aura pas de solutions écologiques.

Je m’explique, en illustrant avec la ressource naturelle qui va poser problème très bientôt: le pétrole. Le problème du pétrole, ce n’est pas pour le moment la question de son épuisement. On ne sait pas vraiment quand il n’y en aura plus. Le vrai problème commencera au moment ou la demande (de consommation, mondiale) sera supérieure à l’offre (la production, mondiale). C’est ce qu’on appelle le peak oil. A cet instant, le prix du baril va monter. Et il ne montera pas qu’un peu, il montera beaucoup ! Car bien sûr, dans un monde de finance dérégulée, la spéculation a de beaux jours devant elle. Le plus gros problème sera alors la spéculation sur le cours du pétrole, qui fera monter les prix de façon spectaculaire pour les utilisateurs finaux. Et ce pétrole, il sert pour l’électricité, le transport, l’agriculture, la chimie, les plastiques, la pharmacie, etc etc… Au-delà du prix des transports, nous verrons monter les prix de nombreux produits de la vie courante, et surtout les prix des aliments, puisque l’agriculture utilise énormément les intrants issus du pétrole, ainsi que des transports. Rappelons-nous qu’en 2008, lorsqu’une spéculation sur le pétrole avait fait monter le cours du baril, nous avions vu aussi les cours du blé et du riz monter, et il y avait eu des émeutes de la faim dans plusieurs pays.

Nous aurons l’air malin quand ce peak oil arrivera… déjà qu’aujourd’hui, 13% des ménages français ont du mal à payer leurs factures énergétiques (situation de précarité énergétique), et que des millions de gens ne passeraient pas l’hiver sans les Restos du Cœur. Quand ce peak oil arrivera, combien de gens n’arriveront plus à se nourrir ? Elle sera belle, la cinquième puissance mondiale, avec des émeutes de la faim et des pillages pour survivre.

Vous me direz « mais Dany, ton peak oil là, c’est pour quand ? Parce que si c’est dans 40 ou 50 ans, bah on a le temps ! » Et bien, selon une agence gouvernementale américaine, et selon le ministère australien de l’énergie (pas selon des écolos), c’est prévu entre 2012 et 2015… Alors ? A-t-on du temps pour y réfléchir ? A-t-on le temps de s’en foutre ? Il ne s’agit pas d’un sujet écolo, il s’agit d’une question urgente, économique et sociale, de survie collective.

 

Alors, pour cette élection présidentielle, je pense qu’on ne devrait pas se demander comment retrouver le chemin de la croissance. Car avec une énergie chère, on n’aura plus de croissance économique. C’est le principal raté de cette campagne : on aura une décroissance forcée. Pour moi c’est évident. La question est de savoir si on subit une décroissance violente, ou si on la gère pour raisonner autrement et éviter de sombrer dans la barbarie. La gérer autrement, c’est par exemple :

  • Un plan de transition énergétique massif pour moins utiliser les énergies fossiles (uranium compris), afin de limiter l’impact de leur montée des prix (je ne parle même pas de limiter les gaz à effets de serre…). Ce plan comprend le recours aux énergies renouvelables, mais surtout un vaste programme d’économies d’énergies, puisqu’il est logique de moins consommer avant de chercher à produire quelque chose de difficile et coûteux.
  • Un plan de gestion intelligente et économique de l’eau, avec mesures drastiques pour sauvegarder sa qualité et ses quantités.
  • Un plan de transition alimentaire massif, pour que notre agriculture soit moins dépendante du pétrole, à la fois pour la production et pour le transport. Une transition vers l’agriculture biologique et la consommation locale, donc.
  • Le partage du travail, qui sera forcément moindre (au total) puisqu’il y aura une décroissance économique. Ce partage, autrement dénommé réduction du temps de travail, permettra à chacun d’en avoir un (au lieu que certains bossent comme des cinglés pendant que d’autres sont interdits de travail et sont pointés du doigt comme s’ils étaient des profiteurs…), et permettra à chacun d’avoir du temps libre pour faire un tas de choses épanouissantes… sachant que si les transitions énergétiques et alimentaires sont réussies, ce travail à temps réduit permettra tout de même d’en vivre correctement.

On pourrait imaginer un tas d’autres mesures, d’autres thèmes. Je m’arrête là pour aujourd’hui, car rien qu’avec les 4 points que j’ai écrits, le choix parmi les 10 candidats est arrêté. Seule Eva Joly propose ces mesures, qui vont dans l’unique voie qui me paraisse viable.

Tous les autres candidats sont dans la recherche de la croissance, dans le productivisme effréné, et ne font qu’appuyer sur l’accélérateur du véhicule qui fonce vers le mur. Evidemment, je ne mets pas les 9 autres dans le même panier. Jean-Luc Mélenchon serait le meilleur choix sans Eva Joly, et François Hollande est largement « moins  pire » que ses principaux adversaires de droite (et du faux centre qui est à droite). Je ne me tromperai pas au deuxième tour, évidemment. Mais tout de même, Mélenchon et Hollande, et leurs partis respectifs, n’ont pas pris la mesure des graves enjeux qui nous menacent.

Vous êtes peut-être en train de vous dire « bah d’façon, vu qu’il y a déjà un accord entre le PS et EELV, autant voter Hollande directement, puisque c’est plié ». C’est vrai que la direction d’EELV a fait un vrai croche-patte à sa candidate, avec cet accord. Mais avez-vous entendu parler des enjeux que j’évoquais auparavant, dans cet accord ? Trouvez-vous que Hollande tienne compte de la gestion de la décroissance forcée ? Je ne trouve pas… cet accord est loin du compte, et il faut peser pour que les choses bougent…

Vous êtes peut-être aussi en train de vous dire « ouais mais bon, Eva Joly, elle ne percute pas, elle est inaudible, elle n’emballe pas les foules, etc. Elle n’est qu’à 2%, alors à quoi bon ? ». C’est vrai, vous avez raison. Elle n’a pas le charisme des ténors de cette campagne. Elle n’est pas une bonne communicante. Elle n’a pas une diction aisée et fluide. Mélenchon est un des meilleurs pour cela, incontestablement. Mais pour notre avenir, on fait quoi ? On s’en tient à la forme, ou au fond ? Moi je choisis le fond. Pour ce premier tour d’élection, moi je ne voterai pas pour une personnalité charismatique, je ne voterai pas pour me défouler, mais je voterai pour un programme politique qui répond aux enjeux. Et, chers amis, j’espère que vous aussi vous ferez de même.


Le 22 avril, votez Eva Joly !

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Published by Dany - dans politique
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