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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 11:22

Tout d'abord, je voudrais remercier tous ceux qui m'ont (nous ont) soutenu pendant ces 9 mois de lutte. La bataille contre un PSE c'est toujours rude. Mais là ça a été particulièrement pénible à vivre, avec les déplacements incessants, avec la difficulté de tout concilier, et surtout avec la mauvaise foi patronale, et avec l'acharnement contre les salariés de l'industrie électronique.

Je ne peux nommer tout le monde, d'abord pour protéger chacun... alors je reste vague et global, mais sachez que je pense chaleureusement à tous, dans et en dehors de l'entreprise.

 

ça me fait drôle d'écrire cela, car on pourrait penser que cela signifie que dans ma tête le PSE est fini. Mais non, ce n'est pas fini. C'est simplement qu'il y a eu une étape critique de franchie. Cette étape, c'est l'envoi des lettres de licenciement il y a 10 jours. Et depuis cette étape, je ne peux plus agir pour empêcher quoi que ce soit... c'est presque la fin de mon travail d'élu du CCE sur ce sujet. C'est aussi le moment à partir duquel il faut que je pense à moi, pour m'éviter une "décompression" trop violente. Il faut aussi que je me mettre à retravailler, car mon activité "sociale" n'est plus suffisante pour remplir un temps plein.

 

Et donc pour toutes ces raisons, il faut que j'arrive à tourner la page. C'est difficile, car on ne peut pas vraiment tourner la page. Il y a 100 personnes licenciées (d'ailleurs la plupart d'entre elles sont toujours là, car les licenciements sont étalés dans le temps...), et je ne pourrai jamais m'empêcher de penser à elles. Je ne pourrai jamais oublier qu'on pouvait faire autrement, qu'on pouvait maintenir l'usine, qu'on pouvait reclasser plus de gens à Technicolor R&D Rennes, qu'on pouvait faire les reclassements dans la transparence, etc.

 

J'ai maintenant un travail de deuil à faire, même si j'ai du mal à m'y résoudre... C'est à cause de cette difficulté que j'ai mis un peu de temps à écrire cet article, et que j'ai du mal à me remettre au travail. Mais j'essaie de penser aussi à tous ceux qui ont pu partir de manière volontaire pour leurs projets personnels, et je suis heureux pour eux. Et puis, en relisant mes articles précédents, je me rends compte que vous avez peut-être de moi une image trop sombre, trop déprimante, trop morose. Il faut que je corrige cela, car en dehors de mes 39 heures hebdomadaires de calvaire, j'ai une famille et des amis formidables, et je suis heureux de vivre avec eux! Rien que pour eux, il faut garder la tête haute, et penser à l'avenir de manière optimiste.

 

La semaine dernière, dans le domaine professionnel, j'ai retrouvé un peu de motivation et d'entrain, car j'ai quand même réussi à penser à autre chose: j'ai mon projet personnel, qui se traduit par un départ volontaire au 1er septembre 2011, et qui consiste en une formation de 9 mois, puis une création d'entreprise. Cela va me demander beaucoup de réflexion, et j'ai enfin pu y penser plus concrètement. ça c'est du positif, et ça va m'aider à regarder vers l'avant. ça va m'aider à tenir jusqu'au 1er septembre, dans cette ambiance difficile, où il faut que j'arrive à travailler. Oh, que personne ne se méprenne: je ne vais pas travailler comme un fou... car plus rien ne sera jamais comme avant. Disons que je ferai "juste" mon travail, pour que mes collègues proches ne soient pas embêtés par ma démotivation. Sans plus...

 

Je termine par un copié-collé du communiqué de presse de l'intersyndicale rennaise de vendredi dernier. C'est sans doute l'un des derniers (le dernier?) sur le sujet:

 

Au nom de l’Intersyndicale rennaise CFDT-CGT -SUD de THOMSON / TECHNICOLOR, je vous informe que, samedi 27 novembre, 100 salariés de l’ex Thomson Grass Valley France, filiale du groupe Technicolor ex-Thomson –membre de l’UIMM-, ont reçu leur lettre de licenciement, dont 54 pour l’établissement de Rennes.

Ces lettres font suite aux 296 suppressions de postes de la partie française de la restructuration de Grass Valley par le groupe Technicolor (164 suppressions de postes à Rennes). Il y a donc eu 196 départs volontaires et reclassements internes (110 à Rennes) depuis l’annonce du plan antisocial le 30 mars et sa mise en œuvre à partir de fin juillet.

 A Rennes, site historique du groupe Thomson, concevant et fabriquant des équipements de vidéo numérique professionnelle, l’usine de fabrication de cartes ferme.

S’il est vrai que l’activité Grass Valley a connu des difficultés économiques, le Comité Central d’Entreprise a tout de même démontré que le nombre de suppressions de postes est surévalué, au point d’être excessif et dangereux pour la survie de l’entreprise. Il a aussi démontré, avec l’appui d’un expert économique, et en utilisant les propres chiffres de la Direction de l’entreprise, que l’usine rennaise pouvait être viable et rentable dès 2012, grâce à la pyramide des âges et au volontariat. Le CCE a aussi, et surtout, démontré que le maintien de l’usine coûtait moins cher que le coût du PSE pour ce périmètre. N’importe quelle Direction pragmatique aurait maintenu cette usine en adaptant ses fonctions et son effectif, au lieu de la fermer. Mais pas la Direction du groupe Technicolor, qui n’a pas fourni d’explication sensée.

Les équipes syndicales de Thomson Grass Valley savent depuis longtemps qu’aucune Direction d’entreprise n’est philanthropique. C’est pourquoi nous avons cherché une voie économiquement viable pour sauver les emplois. Mais si aujourd’hui même le bon sens économique est bafoué au profit d’on-ne-sait quel dogme, que reste-t-il ? Si aujourd’hui des salariés compétents, qualifiés, compétitifs dans la haute technologie sont jetés en dépit du bon sens par des dirigeants aveugles et sourds, que reste-t-il ? Comment des salariés peuvent-ils avoir confiance en l’avenir de l’industrie si les dirigeants ne regardent pas leurs propres chiffres économiques de manière sensée ?

Par ailleurs, pour faire bonne figure la direction du groupe Technicolor s’est engagée le 12 juillet 2010 à réaliser 30 reclassements au sein de l’autre filiale rennaise, Technicolor R&D France. A l’heure où nous écrivons ces lignes, seulement 20 reclassements sont opérés, et il plane toujours 10 menaces de licenciements en trop…

Enfin, à grands renforts de jolies phrases, la même direction du groupe Technicolor se faisait forte d’avoir 50 postes de reclassements chez le sous-traitant qui a repris la production (Cofidur à Laval). A l’heure où nous écrivons ces lignes, seulement 3 reclassements sont opérés…

La direction de TVN a reclassé certains salariés sans que les postes ouverts soient proposés à l’ensemble des salariés licenciés faisant planer un doute sur sa loyauté à traiter de façon équitable l’ensemble de ses salariés.

Pour certains postes occupés, la direction du groupe nous affirme que si l’activité de ces postes est pérenne, les postes eux ne le sont pas ?

Le site de Rennes emplois encore 25 prestataires dont le besoin exprimés par les chefs de projet est annoncé jusqu’au le 31 décembre 2011. Pourquoi alors ne pas proposer ces postes à des salariés licenciés ?

Le patronat n’interpréterait-il pas le code du travail dans le sens où il pourrait à l’avenir employer les ingénieurs comme prestataires et les autres catégories du personnel comme intérimaires ou en Contrat à Durée Déterminée ?

Dès lors, ni les employeurs, ni le gouvernement ne doit faire semblant de s’étonner si les salariés et les étudiants se détournent des métiers de l’industrie, ou s’ils n’y viennent que par défaut, sans grande motivation. Il suffit de lire le journal chaque jour pour observer que Thomson Grass Valley n’est pas un cas isolé. Partout on ferme ou on réduit comme peau de chagrin des fleurons industriels, petits ou grands, au mépris du bon sens. Les dirigeants ont des dogmes suicidaires, et ne tiennent même pas leurs propres engagements de reclassements. Face à cela les salariés ont simplement le bon sens de ne plus se jeter dans la gueule du loup.

Nous syndicalistes, constatons que notre industrie est en train de disparaître de notre pays. Force est de constater que nous, syndicalistes, restons seuls face à un patronat de plus en plus cupide. Les pouvoirs public et en particulier le président de la république devraient prendre des mesures contre ce pouvoir exorbitant du patronat. Au lieu de ça, de nouveaux prétextes sont toujours invoqués pour abattre les protections sociales. Le constat est que les dégâts sociaux s’aggravent mettant en péril les bases d’une société démocratique !

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Published by Dany - dans travail
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